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zpet   10.04.2017   nenapsáno

Mon voyage en Syrie - avril 2017

Pour expliquer

Le récit de mon premier voyage en Syrie date de mai 2000 - depuis ce moment, il se trouve sur ce site en langue tchèque. J'ai décidé de retourner en Syrie en lisant le web britannique "Britské Listy" qui à un moment donné en langue tchèque dénonçait jour par jour des «meurtres de Poutine» (le bombardement d'Aleppo). Par copier/coller j'ai constitué un article en tchèque «Terreur et l' horreur dans Britské Listy», qui se trouve ICI. Son contenu est l'exemple de la pure propagande. Mes photos récents sont sur ICI.

J'ai connu la mauvaise époque du journalisme après le coup d'état communiste à Prague en Février 1948, en fait même encore avant : Par obligation, j'ai été abonné en son temps à „Mlady svet", le magazine de la jeunesse du Protectorat Bohêne et Moravie (en fait nazi). Plus tard j'ai eu l'occasion de voir des preuves de mensonges de ce genre d'articles. C'est pourquoi je voulais voir Aleppo avant que les témoins occulaires deviennent rares et les traces du bombardement russes soient nettoyés.

Je partais un peu fatigué, sans prévoir les difficultés qui peuvent m'arriver dans un pays où, selon le journal, la guerre fait rage et qui est administré par le dictateur sanguinaire, responsable de mort de 300.000 de ses citoyens. De plus, j'ai 85 ans et j'ai du mal à retenir de nouvelles impressions. Il est possible que je n'avais pas remarqué certaines choses, que j'ai oublié d'autres. Si c'est le cas, excusez-moi. Une chose est certaine: que la guerre fait rage, en Syrie on ne le remarque presque pas. Les gens y vivent normalement, vont au travail, se réjouissent parfois.

En effet, nous aussi, pendant la guerre, nous sommes allés à l'école tous les jours. En cas de raid de l'aviation anglaise, on se précipitait dans l'abri. Nos mamans sont allées chez le boucher une fois par semaine, parce que la viande n'était délivrée que sur des cartes de rationnement et aussi, parce-que le boucher n'avait presque rien à vendre. Je prenais le train chaque jour. Nous avons rencontré parfois des personnes dangereuses, comme des déserteurs, prêts à tirer et sauter du train en marche, pour échaper au contrôle. Mais nous n'y pensions pas...

En Syrie, les contrôles par des soldats armés sont chose courante. C'était ainsi déjà á l'époque du président Assad père, qui était décrit par nos journeaux comme le cruel dictateur. En Syrie, l'armée a eu la tâche de prendre soin de beaucoup de choses, de la police entre autres. On y est habitué à des fréquentes contrôles des documents et d'inspections des sacs. C'est moins ennuyeux que de subir des blessures dues à un débile suicidaire.

Contrairement aux Tchèques en 1968, le peuple de Syrie aime bien des Russes, j'ai même entendu des Arabes utiliser des mots russes tels que le « davaï! » au lieu de « dépêchez-vous! » Nous aussi aimions des Russes, nous les avons acclamés en l'année 1945, lorsqu'ils nous ont sauvé de la colère des soldats en fuite, qui ont perdu la guerre.

En Décembre 2016, Poutine a envoyé à Aleppo principalement des Tchétchènes musulmans, commandés par Kadyrov - il les a envoyé non pas pour tuer, mais pour protéger et aider leurs frères. Quand je vois, ce que les terroristes ont fait avec la partie historique d'Alep, je suis heureux que, grâce à Poutine, la ville a été libéré et une partie du trésor de l'humanité sauvée.

Pendant notre voyage en Syrie, nous avions suffisamment d'occasions d'entrer en contact avec les habitants, et nous n'avons pas rencontré une seule personne qui sentirait une hostilité envers le régime au pouvoir. Au contraire, tout le monde aime le président Asad et des gens nous étaient reconnaissants, que nous ne participons au boycot et que nous ne croyons pas aux mensonges, que les journalistes occidentaux écrivent sur lui.

Concernant le président Asad et son peuple, je recommande le reportage de Julien Rochody Syriennes, qui montre le courrage des femmes syriennes (en parti reprise dans l'émisssion „Les Syriennes” sur TV Liberté).

En ce qui concerne des imbécilités relevées dans le journal britannique, je ne sais pas ce que je dois penser de leurs auteurs. Certes, je ne peux pas exclure qu'ils appartiennent à une guilde de ceux qu'on achète aisément et qui servent ceux qui veulent la guerre. Mais j'espère qu'ils ne font que le travail "d'idiots utiles", selon l'expression de Lénine. Lorsqu'il se passe quelque chose sur la scène internationale, ils se contentent de lire quelques journaux anglais (The Atlantic, The Guardian, etc.) ou d'un magazine Forreign Policy. Ils les considérent comme la vérité d'Evangile, et selon ce qu'il y trouvent, ils retransmettent sur leur web. Parfois même sans traduction.

Je crois personnellement qu'un mensonge, comme savaient les inventer des bolchéviques, à l'instar de nombreux journaux en Occident, est dangereux même pour les propriétaires des ces journeaux mêmes. À l'heure actuelle, certaines mensonges peuvent passer, mais grâce à l'internet, il est impossible qu'avec le temps, la vérité ne sort pas à la surface - rappelez-vous les armes de Saddam de destruction massive. Lorsqu'un citoyen ordinaire est plusieurs fois dans sa vie témoin de telles mensonges, il cessera de croire les journaux. Et cela peut un jour desservir leurs propriétaires..

Mais d'abord je racconterai en pratique, comment je suis arrivé en Syrie.

Par Belgrade !

29 mars 2017 - Après le déjeuner, mon fils, qui se rend à Paris tous les mercredis, s'est arrêté chez moi en Bretagne pour me prendre dans sa voiture et m'a largué à l'aéroport de Paris - Charles De Gaulle.

Je voulais aider une association syrienne à ramener de la France une collection de médicaments, dont des soldats blessés de l'armée syrienne ont besoin. Je ne me souviens pas comment j'ai trouvé l'adresse de l'association, mais elle a accepté que j'aille avec eux.

On appelle cela le tourisme humanitaire, parfois on dit le tourisme solidaire. En effet, beaucoup de gens voient la division injuste du monde entre les pays riches et les pays pauvres et ils veulent par ses maigres moyens aider ces derniers. Le fait seul qu'on dépensera de l'argent dans un pays, qui en raison des sanctions, ne peut pas se procurer des devises, aide ce pays de sortir de la pauvreté.

Malheureusement, divers escrocs ont compris cela. Par exemple, j'ai entendu qu'existent dans la jungle indochinoise des camps, où l'on montre aux touristes la misère des enfants que la guerre a privé de parents. Parfois, on promet au visiteur, contre l'argent, faire une aide matérielle aux pauvre orphelin, parfois même en adopter un, alors que l'enfant a ses parents qui ont reçu de l'argent, pour prêter leur enfant à l'orphelinat.

Notre organisatrice Rita (j'ai changé le nom) ne compte pas parmi les escrocs. Les médicaments qu'elle avait collecté bénevollement, chacun de nous en a pris un peu dans nos bagages. Deux grandes boîtes en carton sont même passées en duty free..

Nous avons apporté aussi deux chaises pour les personnes handicapées, ainsi que des béquilles - c'était notre première mauvaise décision. Cela a échoué : le représentant de la compagnie aérienne est venu à nous expliquer personnellement, que puisque nous étions capables endurer une demi-heure d'attente debout devant leur guichet, il est évident que nous ne sommes pas handicapés et par conséquent il faut payer pour le transport de chaque chaise. Le prix était trop élevé pour nous et nous préférions offrir ces chaises aux handicapés locaux.

J'ai un gros sac que je n'ai complètement rempli pour pouvoir y fourrer un peu de médicaments. Mais Rita m'a proposé à la place un sac plus petit et sans roulettes, qui peut entrer dans la cabine au-dessus des sièges. En effet, le temps de transfert à Belgrad étant réduit, je risquais d'arriver à Beyrouth sans bagage. Elle a donc transféré toutes mes affaires dans le nouveau sac, peu pratique, et mon ancien a stocké dans une voiture sur le parking.

Le résultat, il m'est arrivé que sur le sol de l'aéroport j'ai trouvé mes chausettes, qui sont tombées pendant le transfert. Je regrettais que semble-il Rita a perdu aussi mon petit appareil photo, car dans la nouvelle valise je l'ai pas trouvé. Cependant, on l'a retrouvé après notre retour à Paris. Il est si petit que dans mon grand sac elle ne l'a pas vu.

L'ennuie était que la compagnie aérienne voulait mettre ma nouvelle valise quand-même dans la soute. J'ai refusé. Rita a apporté un ruban scotch et nous l'avons serré autour du sac pour réduire sa taille. Ainsi il a été accepté, mais tout son intérieur froissé et pendant notre trajet je ne pouvais pas accéder à mes médicaments pour le coeur.

Cependant, le voyage s'est bien passé. J'ai été heureux de passer une semaine en compagnie de personnes exceptionnellement brillants. Vous comprenez, un esprit limité, qui se laisse abêtir par la propagande stupide, n'aura pas envie de partir en ce moment en Syrie... De toute la France, nous n'étions qu'onze voyageurs, plus Mimiden qui s'est jointe à nous depuis Genève.

Non pas que le voyage vers la Syrie ne soit pas en vogue. Mais légalement, comme nous, non. Les fils d'immigrés arabes sont parfois convaincus par le prédicateur radical, parfois ils sont entrainés à la mosquée par leur copain, et un jour, le garçon ne rentre pas à la maison. Plus tard, les malheureux parents reçoivent un appel téléphonique de la Turquie : ne vous inquiétez pas, demain nous passerons la frontière et je pourrai faire la guerre sainte contre le dictateur Assad et des infidèles.

Ceci est logique. Par conséquent, lorsque des personnes de mon entourage m'ont demandé où j'allais, je répondis: « En Syrie, évidemment! » Ils ont pris cela pour une blague. Ma fille, par exemple. Elle y a même ajouté: Vous comprenez, les autres personnes, ce sont peut-être des djihadistes. En compagnie d'un vieillard, ça donne l'air d'un voyage touristique...

Mon fils a déjà visité la Syrie et sait que je ne risque pas grand'chose. Mais en fait, ce n'est pas si facile que cela. En raison du boycott, je ne peut pas prendre le vol pour Damas. Il faut passer par d'autres pays et je n'ai pas de visa.

J'ai un billet d'avion pour Belgrade et l'autre de Belgrade à Beyrúth. Donc le soir, à la nuit tombée, je m'embarque pour l'ancienne Yougoslavie et à minuit, je change pour un vol à destination de Liban, où j'espère acheter le visa syrien.

De Beyrúth je pars en bus vers la frontière syrienne, où est ouverte une sorte de banque, même la nuit. Pour quelque 50 euros j'obtiens un certificat, avec lequel (dans la même pièce) je vais à la fenêtre du ministère syrien de l'Intérieur, où le fonctionnaire tape sur le clavier mon nom et ma date de naissance. Dans quelques secondes, il met dans mon passeport le visa, et en souriant, il me fait remarquer, que j'étais en Syrie déjà en 2000 (ce qui est vrai - ils ont un ecellent service d'archives) et il me salue à l'occasion d'une nouvelle visite.

Puis le bus continue, et encore dans la nuit il s'arrête devant une boulangerie industrielle, où on peut prendre le petit déjeuner. Le pain arabe est semblable à nos crêpes, cuit au four sur un tapis roulant qui passe presque entre les tables. Durant notre petit déjeuner et la dégustation de gourmandises, le jour se lève.

Revigoré par le thé, je continue le chemin vers la capitale. A Damas, notre groupe s'installe dans un hôtel récemment ouvert, certains vont déjeuner et se promener en ville. La chambre séparée me semble chère. Rita m'aidera à persuader deux jeunes hommes à faire poser un lit supplémentaire dans leur chambre double.

Le dînner dans un excellent restaurant coûte moins de 10 euros - c'est, si je ne me trompe pas - 5.000 livres syriennes.

Damas

Damas est calme, il ne semble pas qu'il est en guerre. Pour ceux, qui veulent aller à Aleppo, Rita nous invite de laisser les objets inutils dans le coffre-fort de l'hotel et de partir avec elle demain matin du bon heure. L'autoroute a eté nettoyée des djihadistes, excepté le parcours autour de Homs, qu'on va contourner.

Etant donné que Rita connaît la langue et la façon de travailler des fonctionnaires locaux, plusieurs fois elle a tiré nous, les touristes européens, de l'embarass. Elle négociait pour nous des prix d'hôtels, des restaurants, des chauffeurs de taxi. Elle m'a montré où elle vivait avec ses parents, l'école primaire qu'elle a fréquenté. Sans elle, je n'aurais pas l'idée de visiter ce quatier pauvre .

Depuis ces 17 ans, quand je ne suis pas venu en Syrie, la ville est changée. Les anciens, qui se souvenaient encore de la domination turque, ne sont plus de ce monde. Les jeunes ne connaissent pas trop l'histoire - ils ont appris un peu d'anglais et c'est presque tout. En revanche, ils connaissent bien des téléphones mobiles et ne peuvent se passer de l'internet.

Pourtant, certains voulaient me parler et étaient ravis, que je ne crois pas à des conneries que le pauvre Hollande nous sert. Sept ans de guerre, plus quelques décennies de sanctions, ont détruit l'économie la Syrie, les gens vivent quasiment dans la pauvreté, mais ils tiennent toujours tête debout.

Après le petit déjeuner, direction la gare routière à Damas - on y va à pied. Malheureusement, personne ne peut vous dire l'heure du départ. Difficile de s'y habituer à cela : vous venez, vous recevrez un ticket d'arrivée, vous montez et vous attendez. Lorsque le bus est presque plein, la vente des billets commence. Sinon, vous attendez - parfois des heures. Patience - la mère de la sagesse. Nous, les étrangers, le chauffeur nous place entre les gens ordinaires et les femmes enceintes, sans doute pour passer inapercu en cas de contrôle-surprise des djihadistes.

A midi, on s'arrête dans une gare de bus pendant environ 40 minutes, là vous pouvez acheter le sandwich avec des légumes ou garni de la viande frite, mais cela ne conseille pas trop. A midi, je prennais plutôt un "pain au fenouil" et de l'eau minérale. C'est nourrissant et j'ai économisé pas mal - c'est en fait une crèpe avec des grains divers. Si je me souviens bien, pour 1 euro vous obtenez 500 livres et 1 crèpe richement remplie, savoureuse, coûtait mille livres, deux euros. Une fois, une dame, apparemment pauvre, est venue et nous a offert un paquet complet de crêpes, tout simplement par sympathie.

Pour le souper, nous allions ensemble et ce fut un festin royal - 2 - 3000 livres syriennes. Par exemple, toutes les salades de bord, pain à volonté, suivis de poisson ou de viande (commandé en poids en kg), et enfin du café et la pâtisserie arabe. Boissons: de l'eau, du thé, de la bière, certains ont bu Arak, on vous apporte le narghilé, vous pouvez fumer du haschich. J'ai aimé le commentaire d'un de nos gourmets se prélassant à la table: « Le tourisme humanitaire a quelque chose d'agréable. »

Je dois dire que la Syrie est un beau pays. J'aimais aussi revoir les lieux où nous étions avec ma femme à Pâques 2000. Depuis, les difficultés du pays continuent. À l'époque, les gens nous accueillissaient gentillement, surtout les personnes âgées, ils ont parlé en français. La France avait contribué à libérer les Arabes de l'occupation turque. Après la Première Guerre mondiale la France avait un mandat de la Société des Nations pour créer un état, et même après des décennies, nombreux Arabes nous ont souhaitaient la bienvenue. Aujourd'hui, cette relation est moins cordiale.

En bus vers Alep

31. 3. 2017 - Étant donné que certains tronçons de routes sont contrôlés par des djihadistes, il faut les contourner par la campagne. Pour la route Damas-Alep, au lieu de 3-4 heures, il faut quasiment le jour complet.

Alep est, comme je dirais, la capitale du nord de la Syrie. Il vit là-bas beaucoup de chrétiens, en pleine harmonie avec les musulmans. L'impératrice autrichienne Sissy, épouse de François-Joseph, y aimait bien venir. J'ai déjà écrit ici, que j'ai déjeuné dans le salon, qui porte son nom.

À l'arrivée, nous allons au restaurant, puis passons la nuit à l'hôtel. Pas de bombardements russes, que décrit avec délectation le journal britannique, pas d'enfants tués par le méchant dictateur Poutine.

Premier avril 2017 - Les environs de la Mosquée des Omeyades ont terriblement soufferts, c'est vraiment terrible. Pas par les bombardements du ciel, mais par des missiles de croisière, venant d'un autre quartier. Les attaques aériennes russes ont eu lieu en janvier, principalement sur les habitations des terroristes - ce qui a décidé le sort de la guerre.

J'ai entendu cela par des Français qui vivent ici. A ma question de savoir si Poutine tuait les enfants, ils se mirent à rire. Poutine alors devrait avoir de bons yeux pour choisir sur qui la bombe tombera.

2.4 2017 - Je me suis rendu dans des bâtiments abandonnés par les Missions des Casques Blanches de l'ONU et celui de l'hôpital des djihadistes voisin. Pour moi, c'était une visite éprouvante. A l'origine, c'était l'école primaire, réquisitionné par l'ONU. Dans les tracts (j'en ai apporté un) et dans des livres pour enfants, il y a do quoi faire d'un petit garçon un tueur... Apparemment imprimés en Turquie, en Arabie Saoudite, au Qatar, certains peut-être même aux États-Unis, mais cela je ne peux pas prouver.

En revanche pour des médicaments, pas difficile de trouver des preuves. Fuyant les Russes, des djihadistes ont tout détruit. Tout sur des étagères jeté au sol, les cartons de médicaments vidés et piétinés, afin qu'on ne puisse plus les utiliser. Quelques cartons lourds sont restés à peu près en état, avec des instructions et l'adresse de l'expéditeur.

Le bâtiment des casques blanches des Nations Unies dans le sous-sol avait une machine de torture par chocs électriques. Il y était l'obscurité totale, mais en allumant un téléphone, j'ai essayé d'obtenir une photo et peut-être avec la technique HDR j'en tirerai quelque chose. D'après Thierry Meyssan, qui a généralement une bonne information, les Casques Blanches sont les anciens d'Al-Qaïda, dirigées par un officier du service secret britannique MI6 James Le Mesurier.

Dans leurs bureaux à l'étage était un terrible désordre, les papiers et beaucoup de choses, nous y avons trouvé des cartouches pour des missiles antichars. Personellement, les armes ne m'intéressent pas, je ne connais même pas leur nom, mais un jeune homme, Gilles, l'un des deux avec qui je partage la chambre, fréquente en France le centre de tir. Il s'est réjouit qu'il rapportera d'Aleppo des cartouches vides.

J'ai ramassé en 1945 un plein carton de cartouches semblables, j'en ai même fabriqué une sorte de revolver en jouet qui fonctionnait. À cet époque, nous avons un peu déconné : on extrayait de la poudre et on en faisait des feux, on embêtait des soldats Allemands, de Bandera, des Roumains, plus tard des Russes en s'introduisant dans leurs tentes militaires... Pardon, pas celles de Bandera, leurs officiers se sont invités tout seuls dans une chambre de notre appartement.

Gilles a trouvé un joli boîtier métallique dans lequel il a caché des cartouches. De plus, il a trouvé la moitiée d'un missile diamètre 9 cm environ avec un détonateur intacte. Probablement la cartouche est tombé du camion et le tank, en passant dessus, l'a cassé en deux. Le détonateur, on peut le réutiliser pour une bombe artisanale qu'on peut fabriquer d'une bouteille de gaz. Gilles rayonnait de joie pour pouvoir ramener à la maison quelque chose de dangereux.

Mais où cacher un tel objet? Comme toujours, nous sommes à l'entrée et à la sortie de chaque ville contrôlés. J'ai dans le sac des sous-vêtements, Gilles, en revanche, porte dans le sien mes bottes lourdes. Bien que j'avais un pressentiment et je n'aimais pas ça, je suis trop gentil et j'ai fini par l'autoriser de cacher la cartouche entre mes vêtements.

Pour couronner le tout, j'avais déjà dans le sac un dépliant avec des instructions en arabe, comment utiliser une grenade et un tract, dont le sens m'a été traduit, que tuer un mécréant est une activité vertueuse. Si le contrôleur trouve un dépliant pareil en Arabie Saoudite, il paraît qu'il vous envoie directement en prison. Et comme selon la loi physique, à la sortie d'Alep, le soldat qui vérifie le coffre de notre taxi, a fourré son nez entre mes sous-vêtements et chaussettes sales et en a sorti le tract en arabe. Cela ne lui a fait ni chaud ni froid; en revanche, quand il a vu le détonateur non explosé, il a paniqué.

Il nous a ordonné de nous asseoir dans la voiture et rester à l'intérieur. Il a appelé son chef. Celui-ci regarda nos passeports, a demandé où nous avons trouvé des balles, puis se mit à rire et dit aux soldats de tout remettre dans nos valises,, comme c'était auparavant. Il nous souhaita un bon voyage et ce fut tout. Je ne peux pas imaginer ce qui serait passé si à sa place était un Allemand, Russe ou Américain.

A midi, nous sommes arrivés à Lattaquié et nous mangions à l' hôtel God's Miracle On Earth qui a une entrée à une plage privée. A cause des éternels secousses de minibus sur la route parsemée des trous d'éclats d'obus, j'avais mal au dos et je ne me suis pas baigné, pourtant la mer n'était pas froide. Nous aurrions pu y rester un jour de plus, mais nous décidions de partir demain en direction de l'Irak. Je voulais revoir le désert et l' oasis de Palmyre.

3. 4. 2017 - En route vers le sud-est, direction de Palmyre. Nous montons au château Suleyman. À la télévision, nous entendons qu'à Saint-Pétersbourg eu lieu un acte terroriste avec des morts. Dans l'après-midi nous nous arrêtons au bord de la mer à Tartouz. Dans la ville il n'y a que 3 hôtels chers. L'une dame, soi-disant envoyée du ministère, qui a apparemment un intérêt à ce que les étrangers vont à l'hôtel de son ami, s'énerve, mais en vain, nous sommes bien déterminés à ne pas y aller. Rita refuse de payer en dollars avec un taux de change défavorable pour nous, je n'ai même pas un seul dollar. La dame en colère claque la porte de sa voiture et disparaît.

Dans le restaurant à Homs, après le souper il y a une longue discussion, car nous n'avons pas où aller dormir. A une heure du matin, un citoyen local nous invite à dormir chez lui. Excellente idée, chez lui, par terre sur le tapis, je dors mieux que dans l'hôtel. Mais la pauvre famille ne s'est probablement pas trop reposé.

Imaginez : un homme la nuit ramène de l'auberge une douzaine d'étrangers, l'un veut du thé, l'autre cherche les toilettes, le troisième veut une couverture chaude et ne sait pas dire un mot. Des femmes de notre groupe ont le privillège d'occupper la chambre d'enfants. Conséquence, toute la famille doît dormir dans une seule chambre...

Ils avaient un jeune garçon et deux filles, environ 18 et 13 ans. Avant de partir pour l'école le matin, la plus jeune fille m'a montré des tableaux qu'elle a peint. Réellement, il semble qu'ella a du talent. La seconde a apporté un excellent gâteau aux graines de pavot pour le petit déjeuner.

Les armes chimiques?

Selon la télévision occidentale que je regardais le lendemain, « le dictateur Assad » vient de massacrer des centaines de ses sujets par ses armes chimiques à Khan Cheikhoun. La province d'Idlib dans le nord-ouest de la Syrie se trouve entre les mains des terroristes et

J'ai compris le rôle des Casques Blancs en Syrie lorque j'ai visité leurs bureaux à Alepp, le 2. avril : ils doivent faire la propagande contre le président Asad. Le rapport des Casques Blancs a été publié à 6h du matin. Plus près de la vérité semble être la notification tardive du ministre syrien, que la première frappe militaire syrienne sur le "dépôt de gaz et de munitions dans les mains des terroristes Al Nostra" a commencé à onze heures et demie de la matinée.

4. avril 2017 - Je ne veux pas croire à l'attaque au gaz sarin, parce que nous partons tôt ce matin, pas par Khan Cheikhoun, mais par Homs, le long de la route de la soie, vers le désert du sud-ouest. Et nulle part il n'y avait rien d'anormal. Pas de stress, pas de mouvements de troupes; la paix. En outre, pourquoi le Président aurait fait cela? Pour donner à l'Amérique une raison d'intervenir? A l'instant, où il commence à gagner la guerre?

Laisser la visite de Palmyre au dernier jour de notre voyage, était une décision malheureuse. Nous avons roulé dans le désert environ 150 km, et subitement, notre protection, qui nous précède, un soldat avec une mitrailleuse, debout sur la plate-forme de l'automobile, fait subitement volte-face et retourne à Damas. Nous n'avons pas d'autre choix, que de la suivre.

Sans la protection, notre minibus serait une cible facile pour les djihadistes. De tous les côtés du terrain vague on peut nous tirer dessus, et si nous sommes capturés, je serais surpris que le président Hollande accepterait de payer un million d'euros pour la vie de chacun d'entre nous.

Mes compagnons ont pris des photos de décollages d'avions, ils ont vu passer l'ambulance, entendu des tirs et a deviné que dans le désert près de Palmyre quelque chose se passe. Je n'ai remarqué quoi que ce soit, parce que, après un excellent petit déjeuner, je me suis assoupi dans le minibus. Ainsi, l'annulation de la visite du monuments m'a échappé.

Je ne savais pas que même Trump, qui avait promis de se réconcilier avec Assad, roule méchamment ses yeux et que pour demain, le dernier jour de notre voyage, il envoie son navire à tirer de la mer sur le territoire de la Syrie, ce que l'Amérique n'a pas fait depuis 2011. En effet, pour bombarder un autre pays sans déclaration de guerre, selon la Constitution il aurait dû solliciter l'autorisation du Congrès.

Soit dit en passant, même dans ce cas on parlerait d'une guerre d'agression qui pourrait être jugé pour un tribunal international. Mais l'Amérique se fiche des tribunaux internationales... qui ne sont valables que pour les autres pays. Nous avons déjà vu cela en Yougoslavie. Milosevic, Hussein, Kadhafi, tous ont été assassinés, pour qu'un Tribunal ne puisse pas entendre la vérité sur le commencement de la guerre.

C'est un sale et débile mensonge, que Assad tue son peuple. Si c'était vrai, son peuple cesserait de risquer sa vie pour lui. Cependant, il se pourrait que le gaz a explosé aux islamistes. Peut-être Trump a promis de bombarder uniquement pour satisfaire ses extrémistes et des sionistes. Cette base militaire syrienne n'a pas une grande importance pour le pays, d'ailleur si les Russes voulaient vraiment anéantir les tirs américains, il semble qu'ils ont des possibilités techniques pour cela.

Nous sommes donc obliés de revenir à la capitale Damas, où notre voyage se termine. Dans l'après-midi, on fait un arrêt en Mallula, une magnifique église chrétienne, sculptée dans la roche, avec une statue de la Vierge Marie au sommet. Je grimpe sur les rochers, je photographie le précipice, je me plais ici. Nous passons la soirée à Damas au même hôtel que le premier jour.

5. 4. 2017 - Après avoir préparé nos bagages et quitté nos chambres, nous avons un déjeuner très riche (entre autres - la tête d'agneau). L'après-midi est consacrée aux derniers achats en ville. Dans la ville il y a des contrôles presque chaque kilomètre - quelque chose se passe, manifestement. Des soldats avec un fusil sur l'épaule voulent savoir si nous ne portons pas une grenade à main et des choses semblables.

En attente dans le bureau

Parce que nous sommes passés par le même point de contrôle en allant et aussi au retour du restaurant, un officier a eu comme l'illumination : dans son secteur se balladent des étrangers bizarres, dont l'un a photografié ses soldats, ce qui est interdit. Qui sait? Si quelqu'un avait envoyé un terroriste poser ici une bombe, ça tomberait au bon moment, puisqu'une réunion de l'ONU pour la Syrie est convoquée.

Par sécurité, il enferma moi et deux autres d'entre nous dans son «bureau» (en Irak, on dirait une latrine américaine) jusqu'à ce qu'il soit déterminé qui nous étions réellement et pourquoi nous trainons autour de lui. Mais expliquez quelque chose, quand vous ne parlez pas un mot d'arabe...

Nous attendons Rita, qui marchait derrière nous, mais elle a probablement pris un raccourci et n'arrive pas. Lorsque nous lui téléphonons, elle retourne à notre rescousse. Mais sa liste des membres de notre groupe n'est pas validée par les autorités, pas de tampon, Rita n'a pas compté sur une situation aussi tendue. Heureusement elle voit passer dans la rue un homme, dont le visage lui semble familier - elle l'appele, et c'est un ancien camarade de classe. Il témoignera qu'il connait Rita et nous sommes libérés.

La soirée se passe à l'hôtel, en attendant deux minibus qui doivent nous conduire à l'aéroport au Liban, où nous devons être au plus tard à 10 heures. Les chauffeurs, cependant, ont du retard. Rita leurs téléphonne, mais ils sont déjà en route. Nous les attendons et nous perdons les nerfs - manquer l'avions dans une situation de quasi--guerre pourrait avoir des conséquences malheureuses.

Enfin, apparaissent deux minibus, on charge les bagages et on quitte la Syrie. En arrivant à la frontière, nous apprenons qu'Amar, le mari de Rita, qui est né à Alger, possède deux passeports, et quelque chose dedans n'est pas tout à fait comme il faut. Le fonctionnaire officiel libanais renvoie Amar de faire le visa de sortie à son ministère en Syrie. La nuit !!

Nous avons entré au Liban, Amer compris, avec un visa collectif, il faudrait donc sortir tous ensemble. Sans lui, le visa de sortie sera difficile à obtenir, cela peut se terminer mal. Il téléphonne, où il peut. Rita est Syrienne, elle est restée à Damas. Cependant, elle connait plein du monde et finalement elle résoud le problème. Mais il faut encore sortir de la région frontalière libanaise et arriver à l'aéroport international de la capitale. L'avion doit partir de Beyrút à minuit, il reste peu de temps.

La route de l'aéroport ressemble à la course de « Prix Monte Carlo » avec les mêmes coudes que dans les rochers au-dessus de la mer. Les chauffeurs se prennent pour des courreurs automobile, parfois une roue de la voiture ne touche pas le sol. Heureusement, j'ai derrière moi une journée entière de marche et je suis si fatigué, que résister au sommeil m'est impossible. Les autres arrivent vers minuit, moite de peur que le conducteur ne réussisse pas gérer la vitesse...

Selon les informations, dans la nuit du 6,4 au 7.4, plus précisément à 4 h GMT, comme punition pour la «bombe chimique», Donald Trump a envoyé 68 missiles Tomahawk écraser à la poussière la base aérienne syrienne Shayrat. L'ensemble de missiles aurait, selon la presse, le double de la force de la bombe atomique larguée sur Hiroshima. Pourtant, il semble que la base fonctionnait encore le lendemain. Je ne sais pas si c'est techniquement possible et si tout ça c'est vrai.

J'ai échappé au bombardement par mon départ de Homs 24 heures auparavant. On pourrait dire que j'ai un bon ange gardien qui bosse vraiment, car je ne suis pas facile à garder !! Cela ne me déplairait pas si je pouvais l'inviter à mon centième anniversaire :-)

Que Trump a décidé d'envoyer des missiles, ne me surprend pas. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Américains n'avaient pas ces missiles et les pilotes de bombardiers devaient aller en personne dans le feu. Une fois, quand je travaillais sur le champ de mes parents, j'ai vu une bombe tomber apparemment tout droit sur ma tête, parce qu'elle semblait être ronde. Je me suis couché, mes mains couvrant ma tête, j'ai attendit la mort. Mais ce n'était pas une bombe, c'était un réservoir vide, que la petite brise a soufflé quelques kilomètres plus loin.

Il semble que les historiens n'aiment pas trop parler des frappes aériennes anglo-américaines. J'ai vu les conséquences de ces frappes quand j'étais chez ma tante dans Ceské Budejovice. Et après la guerre, en tant qu'étudiant, je passais souvant à côté d'un grand trou sur place Wenceslas de Prague - aujourd'hui, je pense que c'est l'actuel cinéma Yalta. En face travaillait jusqu'en 1944 mon père - son employeur était une dame juive - elle n'a pas été envoyée dans un camp de concentration. En revanche, une de mes tantes est passé 6 mois dans ville des prisonniers politiques - Terezin.

Mais revenons à nos jours.

A l'aéroport nous devons courrir, notre avion nous attend, passons presque sans contrôle. J'enregistre même mon bagages qui à Belgrade réussit à être transféré dans peu de minutes d'un avion à l'autre.

Retour à la maison

L'attaque américaine sur la base syrienne Chayra a eu lieu le soir du 6 au 7 avril. Notre vol pour Belgrade devrait partir de Beyrúth peu après le minuit et de Belgrade vers Paris à quatre heures du matin le 6 avril. A 7 heures du matin j'étais à Paris, d'où mon train TGV part directement vers l'aéroport de Massy. Là, j'ai eu le temps de boire quelque chose, en attendant le TGV pour la Bretagne. De la gare de notre ville vers la maison par le bus municipal et vers midi j'étais chez moi. Mon petit-fils dormait encore. Je n'avais même pas besoin le réveiller, car il a oublié fermer la maison à clé.

Cependant, on dirait que la situation internationale a changé. Président Trump, qui semblait être un homme politique raisonnable, a déclaré que Bachar Al Assad par le bombardement chimique a franchi une ligne rouge et qu'il doit partir. En d'autres termes, il accepte l'avis des néo-conservateurs fous et de Hitlery Clinton. Putin ne croit pas à l'ataque chimique.

Cela pourrait mal finir. Les Américains ont des difficultés économiques, apparemment ils veulent commencer une guerre.

En dépit de toutes nos complications, j'ai d'agréables souvenirs de mon voyage, en particulier pour l'accueil de la population. Les Syriens nous sont reconnaissants de ne pas nous comporter comme nos ministres qui ne connaissent que le boycott, boycott injustifié.

Les 4 vols me coûtaient au total 220 euros, le voyage de Paris par le TGV 101 euros. En Syrie, je mangeais comme un gourmet et pour peu. Le tourisme humanitaire a quelque chose d'agréable! :-)